35 ans plus tard, que reste-t-il du Rapport de la Commission Jean ?


L’ambitieux projet du Rapport Jean sur l’éducation des adultes se situait dans l’esprit de démocratisation et de décloisonnement de la Révolution tranquille. Au moment où il a été publié, en 1982, le gouvernement du Québec amorçait toutefois un virage axé sur la croissance économique et le développement des ressources humaines, une perspective nettement plus étroite. Malgré ce virage, le Rapport Jean demeure un référent intellectuel de premier ordre et il est toujours d’actualité.

Tel est du moins le point de vue qu’a exposé M. Pierre Doray, professeur à l’UQÀM et président de l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA), au colloque « Vers de nouveaux sommets en éducation des adultes : qu’est-ce qui a été accompli et que reste-t-il à réaliser 35 ans après le Rapport Jean ? », qui a eu lieu le 9 mai dernier dans le cadre du congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS).

Pour mémoire, rappelons que la Commission Jean, de son vrai nom Commission d’étude sur la formation professionnelle et socioculturelle des adultes (CÉFA), dont la présidente était Mme Michèle Stanton-Jean, a sillonné le Québec pendant deux ans pour cerner les besoins et les attentes de la population en matière d’éducation des adultes. Son rapport, publié en 1982, comptait plus de 800 pages et 430 recommandations. Le droit à l’éducation pour les adultes, qu’elle soit formelle, non formelle ou informelle, la contribution de l’éducation des adultes à la réalisation du potentiel des personnes ainsi que la défense du caractère distinct de l’éducation des adultes sont au cœur de ce rapport, que d’aucuns considèrent comme le premier modèle d’une politique globale en éducation des adultes.

Pour articuler sa vision large et humaniste de l’éducation des adultes, la Commission Jean proposait notamment l’adoption d’une loi-cadre sur l’éducation des adultes, qui se fait toujours attendre 35 ans plus tard. Pourtant, selon M. Daniel Baril, directeur général de l’ICÉA, une telle loi semble plus impérative que jamais dans le contexte d’une société du savoir, où subsistent des besoins non comblés en alphabétisation et en formation de base, en employabilité, en développement des rôles sociaux des personnes et en connaissances dans les domaines de la santé, de l’environnement, de la culture, des droits, des finances personnelles et du vivre ensemble.

Pour avoir scruté 22 éléments liés au droit à l’éducation des adultes que comportait la loi-cadre proposée par la Commission Jean, M. Baril souligne que six d’entre eux (27 %) ont été réalisés en bonne partie, sept (32%) partiellement réalisés et neuf (41 %) non réalisés.

Parmi les progrès, M. Baril l’adoption de la loi qui oblige les entreprises à consacrer 1 % de leur masse salariale à la formation de leurs employés, le développement de la formation à distance, la création de services de reconnaissance des acquis et la représentation des étudiants adultes dans les établissements. L’adoption d’une Politique d’éducation et de formation des adultes en 2002 a certes constitué un élément très positif, mais il est assombri du fait qu’aucun plan d’action n’a été mis en œuvre depuis 2007.

Par contre, il reste tout ou beaucoup à faire en ce qui regarde les conditions d’accessibilité à l’éducation, l’inscription de l’éducation des adultes dans la mission de l’établissement, le congé éducation et l’adoption d’une charte des droits des étudiants. M. Baril fait aussi état d’un net recul des services aux collectivités des établissements, qui sont presque complètement disparus, hormis à l’UQÀM.

Bien d’autres points de vue et expériences novatrices ont été relatés au cours de ce colloque, qui nous rappelle la pertinence du propos qu’avait tenu à l’époque le ministre de l’Éducation, M. Camille Laurin : « L’éducation permanente constitue un projet de société, une manière de penser l’éducation de l’Homme comme mode de vie. »