Émile Ollivier


Émile Ollivier (1940 – 2002)

 

C’est à l’âge de 14 ans qu’Émile Ollivier découvre sa vocation d’écrivain, comme il l’a relaté dans l’anecdote suivante. M. Ollivier père, avocat de profession, demande au jeune Émile, qui était venu à son cabinet d’avocat chercher un peu d’argent de poche, de lui écrire une lettre sans fautes; s’il y arrive, il doublera la mise. C’est à ce moment-là qu’Émile Ollivier éprouve cette étrange envie de se surpasser en écrivant dans une langue à travers laquelle il veut écrire pour séduire alors que sa langue maternelle est le créole.

La littérature, que ce soit l’écriture ou la lecture, est apparue très tôt chez l’écrivain, qui y trouve un refuge lui permettant d’oublier sa solitude de fils unique, élevé par sa mère et sa grand-mère.

Ollivier est né à Port-au-Prince (Haïti) le 19 février 1940. Après une formation en sociologie, des études en philosophie à l’École normale supérieure d’Haïti, des études en lettres et en psychologie en France, ses idées et ses convictions l’amènent à militer au sein de l’Union nationale des étudiants haïtiens. En 1964, le régime de François Duvalier le contraint à s’exiler en France.

Après avoir effectué un court séjour d’études en France, avec son épouse, Marie-José Glémaud, tous deux immigrent au Québec, tout d’abord à Amos en Abitibi, ensuite à Montréal, en 1968. Dès son arrivée au Québec, il milite comme animateur socioculturel auprès de la communauté haïtienne et d’autres groupes d’immigrants, et il collabore à plusieurs revues littéraires.

Son amour de la littérature ne l’empêche pas de développer sa carrière et sa profession d’enseignant au département d’andragogie de la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal. Selon l’auteur, « ce travail à l’Université de Montréal ne jure pas avec celui de l’écrivain, il le complète ». Ses travaux à titre de chargé de cours portent sur l’alphabétisation, l’échec scolaire, la formation des adultes, l’analyse critique d’un programme en éducation populaire et la formation des immigrants.

Les œuvres d’Émile Ollivier sont fortement inspirées de son passé, de sa relation avec son pays natal Haïti, de la situation politique qui y régnait, de son exil et des rapports d’oppression que vivaient des compatriotes. C’est ce qui l’a marqué profondément et l’a poussé à suivre les actualités et à s’impliquer dans les débats tout en rêvant à des jours meilleurs et à une société démocratique et libre.

Nouvelliste, essayiste et romancier, Émile Ollivier a contribué à plusieurs ouvrages et essais. Il a publié son premier recueil de textes Le paysage de l’aveugle, en 1977, que Benjamin Jules-Rosette a mis en scène pour le Théâtre noir de Paris. Vint ensuite Mère-solitude (1983), un livre qui tente d’éclaircir les circonstances de la mort de la mère de Narcess Morelli, le dernier membre de la lignée familiale, un livre qui dépeint une société en décrépitude. Suivirent La discorde aux cents voix (1986), Passages (1991), Les urnes scellées (1995), Repérage (2001) et son dernier roman La brulerie (2004), publié deux ans après son décès.

La phrase qui résume bien la vie de l’auteur est tirée de son essai Repérage : « J’ai quitté Haïti, en revanche, Haïti ne m’a jamais quitté ».

Prix et distinctions

1985 : Prix Jacques-Roumain pour son premier roman Mère-Solitude.

1993 : Chevalier de l’Ordre national du Québec.

1997 : Chevalier de l’Ordre des arts et des lettres de France.

1997 :Certificat d’honneur de la ville de Montréal pour son engagement au sein de la communauté haïtienne et sa contribution au développement de sa ville d’adoption.

2000 : Membre de l’Académie des lettres du Québec.

2002 : Obtention du grade de professeur émérite de l’Université de Montréal

2007 : Lauréat du prix de la diversité culturelle décerné, à titre posthume par le Comité consultatif chargé d’assurer le suivi de la Politique sur l’adaptation à la diversité culturelle de l’Université de Montréal.