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Une hausse de 1 000 $ des droits de scolarité diminue de 19 % l’accès à l’université des étudiants de première génération

Une hausse des droits de scolarité de 1 000 $ se traduit par une diminution de l’accès aux études universitaires de 3 %. Une analyse plus fine démontre cependant que cette hausse de 1 000 $ ne comporte pas d’incidence négative sur l’accès aux études universitaires pour les personnes dont les parents ont étudié à l’Université. Il n’en va cependant pas de même pour les étudiants dits de première génération, soit ceux dont les parents n’ont pas effectué d’études universitaires. Dans leur cas, l’accès à l’université est réduit de 19 %. Pour ceux et celles dont les parents ont effectué des études postsecondaires non universitaires, la diminution de l’accès est de 7 %. Les francophones et les plus de 25 ans sont également sensibles à la hausse des droits de scolarité Les étudiants de première génération et les plus de 25 ans sont très nombreux à la Faculté de l’éducation permanente de l’UdeM.

Ce sont là les principales constatations d’une étude du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), intitulée « Économie, société et éducation : l’effet des droits de scolarité sur l’accès aux études universitaires au Québec et en Ontario ». Quatre chercheurs, MM. Nicolas Bastien, Pierre Chenard, Pierre Doray et Benoît Laplante ont contribué à l’étude; c’est M. Doray, sociologue de l’UQÀM, qui a coordonné les travaux. Une des originalités de cette étude est qu’elle porte sur une longue période, soit de 1946 à 2011. C’est notamment cela qui permet une analyse plus fine, car dans cette période de 65 ans, les droits de scolarité ont tantôt augmenté, tantôt diminué.

Si le capital scolaire des parents est déterminant dans le destin scolaire de leurs enfants, la perception du coût des études universitaires semble être en cause. Les auteurs écrivent ainsi : « Il a d’ailleurs été démontré que les individus n’ayant pas fait d’études postsecondaires ainsi que les individus issus de familles à faible revenu sont ceux qui surestiment le plus le coût des études secondaires. »

L’appartenance sociolinguistique et l’âge
Les groupes sociolinguistiques n’ont par ailleurs pas la même sensibilité à la fluctuation des droits de scolarité. Toujours en prenant pour base une hausse de 1 000 $, l’étude démontre que la diminution de l’accès à l’université se chiffre à 10 % chez les francophones du Québec et à 28 % chez les francophones de l’Ontario. « La période à l’étude étant assez vaste (1946-2011), il est possible que ce résultat soit attribuable à la position socioéconomique historique des francophones dans chacune de ces provinces, ceux-ci ayant eu pendant une plus longue période du dernier siècle des revenus généralement inférieurs à ceux des anglophones de ces deux provinces », lit-on dans l’étude.

L’âge des étudiantes et des étudiants est également un facteur à considérer. L’étude confirme ce dont on se doutait, soit que la diminution marquée du nombre d’étudiants adultes dans les universités dans les années 90 avait été provoquée par la hausse des droits de scolarités, qui a été particulièrement importante dans cette décennie. Comme on le sait, la majorité des adultes effectuent des études à temps partiel.

Les limites de l’aide financière aux études
Il y a évidemment la possibilité de compenser la hausse des droits de scolarité par l’aide financière. Ce n’est cependant pas une panacée, comme le souligne l’étude : « En réalité, toute aide financière sous forme de prêt ne fait que transformer le problème d’accessibilité en un problème d’endettement des classes moins favorisées. En outre, avant de mettre en place des mesures visant à mitiger l’impact négatif des droits de scolarité sur l’accès aux études postsecondaires des classes modestes, il faudra donc s’assurer que celles-ci ne feront pas que déplacer ces problèmes d’accessibilité à la classe moyenne. »

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